/
/
VOLANT A DROITE OU VOLANT A GAUCHE ?

VOLANT A DROITE OU VOLANT A GAUCHE ?

Pourquoi, historiquement, les volants des voitures ont-ils d’abord été installés à droite, puis sont-ils restés à droite dans certains pays et passés à gauche dans d’autres ?

L’emplacement du volant d’une voiture est aujourd’hui une évidence : dans la plupart des pays européens, en Amérique du Sud ou aux États-Unis, et dans une majorité d’autres pays il est à gauche (et on roule à droite). Au Royaume-Uni, en Irlande, à Malte, en Inde, en Afrique du Sud, au Japon ou en Australie, le volant est à droite (et on roule à gauche). Pourtant, aux débuts de l’automobile, cette disposition était loin d’être standardisée. Mieux encore, de nombreuses voitures européennes, y compris françaises, allemandes et italiennes, possédaient initialement un volant à droite. Pourquoi ce choix ? Et pourquoi certains pays ont-ils ensuite adopté le volant à gauche tandis que d’autres l’ont conservé à droite ?

L’HÉRITAGE DE LA VOITURE A CHEVAL

Pour comprendre cette évolution, il faut remonter plusieurs siècles avant l’apparition de l’automobile.

La majorité des individus étant droitiers, les cavaliers montaient traditionnellement leur cheval par la gauche afin de ne pas être gênés par leur épée portée du côté gauche (afin de la dégainer plus rapidement de la main droite !). Il était donc tout aussi naturel rester du côté gauche des chemins pour pouvoir croiser un inconnu en gardant son épée entre soi.

Cette habitude s’est perpétuée avec les diligences et les chariots. Sur les grands attelages, le cocher prenait souvent place sur le cheval de gauche de la dernière paire afin de manier son fouet de la main droite. Cette position favorisait naturellement une circulation à gauche de la chaussée afin de mieux apprécier le dégagement avec les véhicules venant en sens inverse.

Le Royaume-Uni a par ailleurs officialisé très tôt la circulation à gauche : dès le XVIIIᵉ siècle, des règlements londoniens imposent déjà cette pratique, et en 1835, le Highway Act 1835 la généralise à l’ensemble des routes britanniques. Lorsque l’automobile apparaît, personne n’envisage de modifier une organisation déjà bien établie et il est donc parfaitement logique d’installer le volant à droite.

Oxford street London 1870 – Heritage Image Partnership Ltd

En Europe, c’est Napoléon Bonaparte qui joua un rôle majeur : jusqu’alors, la stratégie militaire exigeait de commencer les combats sur le flanc gauche de la cavalerie adverse. Mais l’empereur a lui décidé de miser sur l’effet de surprise en ordonnant à ses hommes d’attaquer par la droite. Après une série de victoires, Bonaparte a imposé la circulation à droite dans tout l’empire. Au fur et à mesure des conquêtes françaises, de nombreux territoires adoptent cette règle. Après la chute de Napoléon, beaucoup la conservent, car changer une nouvelle fois aurait créé une grande confusion.

Au XXᵉ siècle, l’influence de l’industrie automobile américaine, où les voitures étaient conçues pour rouler à droite avec le volant à gauche, a renforcé cette standardisation.

UNE LOGIQUE DE VISIBILITÉ

Les premières automobiles apparaissent dans les années 1880-1890, alors qu’aucune norme internationale n’existe sur la position du volant. Contrairement à une idée répandue, le choix du côté du volant ne dépend pas encore du sens de circulation, mais principalement de la visibilité.

A l’époque, les routes sont étroites, non revêtues, et souvent bordées de fossés. Les piétons et vélos sont nombreux. Les dépassements sont rares, mais les croisements demandent beaucoup de précision. Le conducteur préfère être assis du côté du centre de la route afin d’évaluer plus facilement la distance avec les véhicules arrivant en face.

Ainsi dans un pays où l’on roule à gauche, le volant est naturellement placé à droite. Dans un pays où l’on roule à droite, beaucoup de constructeurs choisissent malgré tout le volant à droite, car les vitesses restent faibles et l’appréciation du bord de la route importe moins que celle du trafic opposé.

C’est pourquoi de nombreuses voitures françaises produites avant la Première Guerre mondiale telles que De Dion-Bouton, Panhard & Levassor, Renault ou Mors possèdent encore un volant à droite. Les Bentley, Hispano-Suiza, Rolls-Royce ou Mercedes de la même époque suivent également cette logique.

La conduite à droite est alors perçue comme plus élégante et plus technique, notamment sur les voitures sportives. Il ne pas non plus oublier que les autos ont à cette époque le frein à main à l’extérieur de l’auto. Il faut l’actionner en tirant sur un levier, et on privilégie pour cela la main droite, qui chez la plupart des conducteurs est la « main forte » et permet donc une meilleure préhension.

LA RÉVOLUTION AMÉRICAINE

Aux États-Unis et en 1750 apparaît un modèle de chariot hippomobile, à quatre grandes roues et recouvert d’une bâche, utilisé pour le transport de passagers et de marchandises. Ce chariot, nommé « Conestoga« , impose de diriger l’attelage en plaçant le cocher sur le dos du cheval de gauche de la paire la plus proche de ce chariot destiné au transport de marchandises.

Le chariot Conestoga

Le cocher manie le fouet et contrôle les chevaux plus aisément, et veille plus facilement au croisement parfois délicat avec un autre attelage venant de la gauche. Le Conestoga est rapidement devenu populaire sur la côte est américaine et dans la plupart des pays d’Europe. Conséquence, la circulation à droite avec une position de conduite à gauche se démocratise et l’État de Pennsylvanie devient le premier à officialiser cette conduite, en 1792.

En 1908, Henry Ford lance la Ford Model T, produite à très grande échelle. Ford choisit alors un volant placé à gauche pour plusieurs raisons :
– l’accès aux commandes devient plus ergonomique dans une circulation qui s’intensifie rapidement.
– le conducteur descend directement sur le trottoir
– les dépassements sont plus faciles à apprécier puisque le conducteur est du côté de l’axe de la route.

Le succès colossal de la Model T influence progressivement l’ensemble de l’industrie automobile mondiale, avec une circulation devenant rapidement plus dense. En quelques années, presque tous les constructeurs américains adoptent définitivement le volant à gauche tandis que l’Europe s’aligne progressivement entre les années 1920 et 1930.

Il n’existe aucune preuve que conduire à gauche soit plus sûr que conduire à droite, ou inversement. Les deux systèmes sont tout aussi efficaces lorsqu’ils sont appliqués de manière cohérente.

Le sens de circulation d’un pays est avant tout le résultat de son histoire, de son héritage militaire, de ses traditions équestres et, plus tard, de ses choix politiques et industriels. C’est pourquoi cette diversité perdure encore aujourd’hui. La route, elle, reste la même. Seuls changent le côté où l’on roule… et la place du conducteur.

Pour le côté plaisant de l’histoire, il existe au Royaume-Uni, en plein coeur de Londres, une rue où l’on roule à droite. Il s’agit de Savoy Court, une rue privée qui mène au mythique Savoy Hotel où fut célébrée en 1927 la victoire aux 24h du Mans de l’équipage Dudley Benjafield / Sammy Davis au volant de leur Bentley 3 Litre. Depuis plus de cent ans, les véhicules, d’abord hippomobiles puis à moteur, entrent en quittant le Strand dans Savoy Court en s’engageant sur la droite.

L’entrée de l’hôtel Savoy à Londres – Image: Matt Brown

Cette singularité a même fait l’objet d’une loi spéciale au Parlement en 1902. Elle autorise cette pratique qui permet aux fiacres puis aux taxis de déposer leurs augustes clients du bon côté devant leur établissement préféré. Ils n’ont ainsi pas besoin de descendre pour leur ouvrir la porte et le passager peut descendre sans faire le tour du véhicule, les dames étant par habitude et tradition toujours assises derrière le chauffeur.