Les planches de bord des Bentley produites entre 1922 et 1932 peuvent aller d’un certain minimalisme (pour les premiers modèles 3 Litre) à une relative complexité (notamment pour le modèle 4½ litre Blower).


Notre voiture – YU1198 – a été produite en avril 1928 et sa planche de bord demeure relativement compacte dans sa présentation : l’information fournie par les instruments de bord est facilement lisible et les commandes en lien avec ces instruments sont quant à elles aisément accessibles depuis la place conducteur. J’ai passé une bonne partie de ma vie dans les cockpits d’avion et j’ai donc, par nature, une certaine attention (voire une attention certaine) à tenir compte des environnements dynamiques dans lesquels je suis assis.


L’assise et le placement de mes 1.84 m dans YU1198 sont juste parfaits ! La position du levier de vitesse au sol qui touche ma jambe droite et l’accélérateur en position centrale (une sorte de “gros bouton” ou « champignon” coincé entre l’embrayage à gauche et le frein à droite) sont les deux seuls points déroutants ! Mais après un petit temps d’adaptation, on s’y fait plutôt facilement. J’y reviendrai dans un autre article.
Les tableaux de bord des Bentley d’avant 1932 ont été très majoritairement produits à partir de différentes essences de bois : on retrouve très souvent un bois de thuya, de frêne blanc (ce bois est très dur et à grain droit), ou de chêne très sommairement verni mais aussi d’autres assemblages parfois “plus inattendus” au fil des années. L’aluminium bouchonné, déjà présent à partir de 1924 sur les Bugatti type 35, est apparu quant à lui à partir de la fin des années 20 sur de rares modèles préparés spécifiquement par l’usine pour la compétition et plus tard sur certains modèles Blower tels que produits par les équipes de Tim Birkin, en marge de Bentley Motors (lire l’article « W.O pour l’éternité »). On retrouvera ces planches en aluminium bouchonné dans bien des projets de rénovation de véhicules afin de donner à l’ensemble un aspect “racé”.
Il est important de rappeler que Bentley Motors, comme tous les autres constructeurs automobiles de l’époque, ne fournissaient à leurs clients qu’un châssis roulant. Responsabilité à l’acheteur de choisir sa carrosserie et l’ensemble des accessoires afférents auprès de carrossiers spécialisés. La planche de bord était ainsi aménagée par le carrossier en question et en aucun cas par le constructeur automobile. Au fil de la vie de l’auto et de ses différents propriétaires, la planche de bord pouvait également subir certaines modifications.
C’est un point souvent mis de côté au sujet des véhicules Bentley d’avant-guerre, mais la moyenne du nombre de propriétaires entre la sortie d’usine du véhicule dans les années 20 et aujourd’hui oscille souvent autour d’une quinzaine. Il n’y a rien de surprenant à cela pour des voitures centenaires qui ont pu connaître mille vies, faites de grandeur mais aussi de misère ! Mon épouse et moi sommes par exemple les dixièmes propriétaires de YU1198. J’ai vu récemment à Silverstone une 4½ litre Blower (devenue « Blower » en 1987 pour être plus précis) qui a connu 24 propriétaires depuis 1930 tandis que j’ai eu aussi la chance de faire un tour dans une Bentley modèle 3 Litre qui n’a connu que… deux propriétaires à savoir le père et le fils ! Le premier ayant conduit son auto jusqu’à l’âge de 95 ans.
Les instruments de la planche de bord de YU1198 sont un savant mélange de marques Jaeger et Smiths, dont les noms figurent sur la face des instruments. Les deux fabricants se retrouveront sous une même entité de production à partir de 1929 lorsque la société britannique S. Smith and Sons rachète Ed. Jaeger Ltd. créée quelques années auparavant à Londres par les horlogers LeCoultre (Suisse) et Jaeger (France) pour fabriquer des instruments pour les constructeurs automobiles de prestige – et ainsi contourner les mesures protectionnistes du gouvernement britannique de l’époque.

Deux exceptions à ce « mélange » Jaeger et Smiths sur la planche de bord de YU1198 : l’éclairage indirect des instruments est assuré par deux lampes “Homa”, tandis que le klaxon et sa commande au tableau de bord sont eux de fabrication allemande : il s’agit de la marque Bosch.
On peut s’interroger sur la plaque en laiton, masquée sur la photo mais à droite du volant, appelée « switch plate » et portant l’inscription “Bentley Motors Ltd London”. Cette « switch plate » regroupe l’interrupteur de dynamo (souvent remplacé par un alternateur aujourd’hui) , le réglage de richesse et les deux interrupteurs de magnéto. Malgré l’inscription “Bentley Motors Ltd – London” (on retrouve aussi le numéro de chassis de l’auto – ici « XL 3104 ») qui pourrait laisser penser que Bentley ait produit un ensemble de composants « maison », (Dynamo – Richesse (starter) – et Magnétos), tous les composants sauf la plaque elle-même (produite par un sous-traitant de Bentley) ont été en fait produits par Smiths.
Pour la petite histoire, Smiths revendra d’ailleurs en 1930 sa marque M.L. Magneto Syndicate Ltd. à son concurrent Lucas, autre gros fournisseur du marché de l’automobile britannique (dynamos, magnétos, alternateurs, des systèmes d’allumage, phares et autres indicateurs lumineux, connectique électrique, etc.).

